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« Laisser passer quelques transclasses alibis ne résoudra jamais rien »

Mediapart

27.01.26

Faïza Zerouala offre un entretien croisé avec Chantal Jacquet et Marwan Mohammed :

C. J. : J’ai construit le concept de transclasses pour dénoncer la manière dont la notion de transfuge de classe a été récupérée politiquement. Il ne s’agissait pas pour moi de nier qu’il existe des ruptures, des fuites ou des rejets, mais de penser autrement le passage d’une classe à une autre : non comme un abandon, une trahison ou une promotion, mais comme une traversée. Le terme transclasse permet justement de nommer ce mouvement sans jugement de valeur, sans héroïsation ni disqualification morale.

M. M. : Ce qui m’encombre, ce sont les sous-entendus problématiques liés au cadrage des récits dominants sur la mobilité sociale, le fait de ne parler que de promotion, et de considérer le départ de son milieu, le déracinement ou la mise à distance, comme un passage obligé. Il y a un sous-texte qui m’a toujours dérangé dans les récits dominants, surtout de transfuges : l’idée que les catégories supérieures, notamment dans ma situation de chercheur, la bourgeoisie intellectuelle parisienne, représentent le seul horizon désirable et légitime.

La notion de transfuge implique l’idée que partir de chez soi est une progression, ce que je trouve très méprisant pour ceux qui restent, pour les miens. De plus, les questions raciales sont souvent ignorées ou très secondaires dans la littérature sur les transfuges et les transclasses, alors qu’elles sont très présentes dans mon expérience et celle de très nombreuses personnes racisées. Et ça commence très tôt.

C. J. : Pour mobiliser les classes populaires dans leur diversité, il est nécessaire de prendre en compte les logiques patriarcales et raciales, ainsi que toutes les formes de discrimination, sans en laisser aucune de côté. Les divisions des luttes sont préjudiciables à l’émancipation. Il faut au contraire repenser les complexions des êtres humains à partir de ce qui est commun à tous et propre à chacun.

Il est essentiel, comme le dit Marwan Mohammed, de dépasser les clivages et de fédérer les luttes, car des luttes séparées sont vouées à l’échec. Autrement, la classe dominante en profitera, elle qui ne cesse de les fractionner en distribuant des bons points à telle lutte pour que l’autre apparaisse comme obsolète. Méconnaître les autres luttes, c’est d’une certaine façon devenir complice des oppresseurs.

Beaucoup de bonnes choses à lire, notamment l'insistance sur la nécessité de penser la chose sur un plan collectif et solidaire. On peut donc abolir les relations de classe sans pour autant parvenir et seulement en combinant avec les autres luttes. Faire monde à l'intersection, donc.


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