Salvation (2026)
02.09.26 · dernière modification : 03.09.26
📽️ vu : Salvation (2026).
Le film démarre sur le retour au bercail de la garde de village, des civils armés par l'État turc dans sa lutte contre le PKK, dans un village fictif à flanc de montagne, le Haut-Pingan. Plus bas, dans la vallée, il y a un second clan dont les hommes n'auraient pas participé à l'embrigadement paramilitaire, mais dont les familles reviennent maintenant que le conflit est terminé. C'est sur ce fond de rivalité qu'Emin Alper déroule une mécanique shakespearienne de la violence.
L'asymétrie est telle qu'on ne saura pas grand-chose sur le second plan. Tout se passe du point de vue des du premier clan. On aperçoit les seconds de loin à travers des jumelles.
Le récit est linéaire dans la mesure où il n'est pas trop difficile de savoir que l'on se dirige vers une forme d'horreur. Le film nous avertit dès le début qu'il est inspiré de faits réels : le massacre du mariage de Mardin ayant eu lieu en 2009. L'escalade est minutieusement construite. Rien ne laisse penser que cela va bien se terminer. C'est la répétition d'un cycle déjà bien documenté par ailleurs.
J'ai ainsi trouvé que c'était un film intéressant sur la psychologie des groupes et des foules. Il y a un jeu sur l'ambiguïté de la folie qui devient totale en traversant les niveaux de la réalité. La dérive paranoïaque n'est pas celle d'un seul homme. Il résiste d'ailleurs timidement à la pression sociale et ne cédera à l'hystérie collective que plus tard. Elle contamine aussi l'intimité onirique de la communauté d'hommes et de femmes pourtant montrés comme soigneusement séparés dans leurs moments de religiosité. Les scènes de transe collective à travers des chants et des rituels sont hypnotiques.
Le village est également un acteur à part entière du film. Son architecture labyrinthique, tout en tunnels, coursives et escaliers, fusionne avec la montagne, qui devient autant un rempart que la prison d'une fatalité implacable. On s'y perd autant que les personnages perdent le sens de leur réalité et de leur vérité. Du point de vue de l'image, l'esthétique minérale est magnifique et impeccable.
Le pouvoir, le cheikh comme les gendarmes, est montré comme ridicule et complètement hors-sol, planant de façon passive dans un autre niveau de texte dans une sorte de virtualité qui n'a aucune prise sur les événements qui ont leur racine dans des passions souterraines.
Il semblerait que ce film ne soit reçu que tièdement malgré son Ours d'argent au Festival international du film de Berlin de cette année. Personnellement, j'ai trouvé que c'était un film dur et juste. Malgré son inspiration originelle, il y a dans son récit une part d'universalité terrifiante, une politique locale qui pourrait se passer partout, ailleurs et à n'importe quelle époque.
(D'ailleurs, les sous-titres utilisent le terme de "vendetta" pour traduire le cycle de violence dans lequel les personnages se désignent comme embourber. Il me semble avoir lu un terme correspondant à ce contexte mais impossible de remettre la main dessus.)
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