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prendre de nouveaux départs et commencer de nouvelles pages numériques

01.01.26 · dernière modification : 01.01.26

La Première Semaine Après le Boulot, j'avais complètement craqué en achetant un carnet Hobonichi Hon pour l'année 2026. Cela faisait longtemps que je cherchais à en avoir un, mais il ne me semblait accessible que par internet et vu le prix, je voulais en avoir un entre les mains pour juger. Ce frein a repoussé l'achat luxueux de plusieurs années, peut-être même une décennie. Malheureusement pour moi, j'ai eu la jugeote d'aller chercher s'il y en avait dans les librairies et papeteries japonaises à Paris.

Hobonichi est une marque qui vend des carnets pour du journaling, pratique que l'on pourrait résumer à remplir des pages quotidiennement. Un peu comme un journal intime, mais sans non plus se limiter à une narration tournée vers soi. D'autres modes d'expression sont possibles, comme le collage ou le dessin. Un des arguments de vente est le papier Tomoe River, dont la qualité exceptionnelle est censée permettre l'usage d'aquarelle sans que les pages alentour ne deviennent des éponges. Quelle différence par rapport à un bête agenda ? L'intention peut-être. Le but est aussi de garder une forme de mémoire. Un agenda a un intérêt pratique et immédiat, il me sert à me souvenir par défaut, mais aussi à visualiser ce qui vient sans avoir à faire travailler ma mémoire.
Toute la fureur autour de cette marque vient probablement du système de collection saisonnière qui appuie bien fort sur le bouton du FOMO. Il faut bien avouer que certaines collaborations sont bien aguichantes. Cette année, il y avait les Moomins et Tamagotchi. Ce qui m'a sauvé, c'est la paralysie de la décision et, au final, j'ai un carnet sans couverture spéciale, elle est juste noire et rigide. C'était moins cher.

Fin 2023, j'avais tenté, avec succès, d'écrire tous les jours au moins une page dans un carnet A5 d'une centaine de pages. C'est sans trop d'appréhension que je me dis que j'arriverai à remplir la plupart des pages de ce nouveau carnet que je compte laisser sur mon bureau et comme moyen de clôturer mes journées par un moment sans écran. Le plus compliqué, de mon expérience de 2024, est les moments où je ne dors pas chez moi et où mes rituels sont bouleversés.

Ces dernières années, j'ai aussi appris à apprécier avoir des carnets avec peu de pages, car il est alors facile d'aller jusqu'au bout et de prendre un nouveau départ. C'est le bon état d'esprit pour reprendre de jolis carnets entamés, mais laissés à l'abandon par perfectionnisme. Mais à partir de là, pourquoi ne pas appliquer la démarche à chaque nouvelle page. Ne pas s'empêtrer dans des systèmes, pouvoir reprendre une organisation, mais toujours avoir l'opportunité de reprendre à zéro. On peut commencer plusieurs fois un carnet. C'est peut-être la seule chose que j'ai retenue en me renseignant sur le bullet journaling : demain est juste un passage à la ligne ou un changement de page. Pas de quoi en prendre la grosse tête et en faire une marque déposée.
L'engagement que je me fais, avec ce carnet, sera qu'il pourra y avoir des vides et que ce n'est pas grave, de laisser derrière moi certaines choses sans les refouler, que pour recommencer, commencer à nouveau, il faut une première rature.

Je trouve que cette mentalité s'applique également bien aux outils numériques de prise de notes et d'organisation.

Récemment j'ai commencé de nouveaux brouillons et de nouvelles prises de notes dans nb. Au fil de ma vie numérique, j'ai connu une farandole d'outils de prise de notes : des fichiers Word, des fichiers Pages, des fichiers OpenOffice, Google Notebook, Evernote, Google Omnifocus, Devonthink, Notational Velocity, Scrivener, Notion, vimwiki, Obsidian, Zettlr, zk. J'en oublie certainement et il faut aussi compter les promesses de numérisation du papier avec Goodnotes sur iPad et la tablette e-ink. Le problème, c'est que chaque nouveau logiciel est abordé, aidé par le marketing de chaque produit, mais aussi par le mental productiviste, chaque nouveau logiciel comme une solution ultime et maximaliste. Comme si ces logiciels allaient me permettre de produire une œuvre plus ou moins grandiose et au passage me donner un sentiment d'accomplissement. Ou bien remplir un trou mal identifié et diffus. Une chose qu'on pourrait nommer "ambition" peut-être. La vérité, c'est que chaque logiciel est en fait un nouveau système avec des règles implicites et parfois incontrôlables, et que chaque système vient avec de la maintenance et donc une charge cognitive.
Pourquoi ne pas donc aborder chaque nouvelle note numérique comme une nouvelle page, comme un système temporaire qui aurait sa généalogie propre, son début et sa fin, ses suites ou non. Pareil pour les logiciels. C'est peut-être ce que j'aime dans nb, un répertoire est un carnet avec ses fichiers, je peux mettre un carnet de côté parce qu'il a fait son temps, je peux créer un nouveau carnet à partir de matériaux existants pour en arracher des pages et lui donner une nouvelle vie. Il y a ce côté éphémère, mais complexe sans non plus avoir la fragilité d'être dans le nuage. C'est un état d'esprit plus qu'une solution, nb n'étant au final qu'un ensemble de scripts faisant le lien avec des fichiers markdown, du texte clair donc, le tout vivant dans mon réseau local avec SyncThing dont la plupart des objets restent dans mon coin bureau matériel.

Cette note commence le premier jour de l'année par le hasard d'un nouveau carnet dont chaque nouvelle page fera partie d'un tout sans non plus préfigurer d'une unicité. L'année sera plurielle et je m'attends à ce qu'elle soit pleine de surprises. Mais cela reste un hasard, ne plus être dans la vie salariée m'apporte cela : m'inscrire dans la répétition qui est la mienne. Cela fait déjà quelque temps que chaque jour est une nouvelle page, cela me semblait compliqué quand la majorité du temps et des semaines s'inscrivent dans un temps qui ne m'appartient pas. Ces nouvelles pages me permettent en fait de faire l'inverse d'inscrire mes journées et mon intérieur plutôt que de laisser le travail laisser ses marques.


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