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Une fiche de lecture concernant Les vies de documents

22.12.25 · dernière modification : 04.01.26

Le Centre Canadien d'Architecture possède une archive de documents photographiques centrée sans surprise sur l'architecture. Cependant le parti pris de Phillis Lambert est de ne pas se limiter à l'acquisition et l'archive de produits finis, tirages ou ouvrages, mais d'étendre la collection aux objets intermédiaires les ayant précédés. Les vies des documents est un travail de commande, celui d'aller interroger le travail périphérique de la photographie d'architecture pour mieux en comprendre la démarche.

La principale question que se posent les auteurs est celle du parcours antérieur menant jusqu'aux productions finales, livres, tirages et expositions : les vies des documents, donc. Comme ils l'expliquent, au fur et à mesure des entretiens, c'est leur vision du "projet" en architecture transposé au travail photographique et artistique. Le bâtiment en tant que sujet est donc secondaire. « Nous voulons considérer les méthodes de recherche, de travail, et de réflexion d'un auteur ou d'une autrice sur une œuvre plus étroitement que son sujet. » Cela permet de ne pas en faire un livre de photographie architecturale pour architectes. Le bâtiment ne devient qu'un moment qui traverse un paysage ou qui est traversé par les moments de vie.

J'ai arrêté de photographier des personnes depuis un certain temps. Plus je réussissais à les photographier, plus je commencais à douter de moi. J'avais l'impression d'utiliser une arme contre mes sujets ; j'ai commencé à sentir les limites de cette approche de la photographie de personnes. J'ai alors commencé à photographier des réfrigérateurs, ce qui a donné naissance au livre ICE BOX, publié en 1997 par BeeBooks.

Tokuko Ushioda, p. 157

J'avais acheté ce livre en pensant qu'il s'agirait avant tout d'une exploration ethnographique de la vie intérieure des bâtiments.

Les risques du métier quand on passe dans une librairie spécialisée en compagnie d'un enfant de deux ans. Sacrée cascade que je ne tenterai pas de si tôt.
La couverture du livre met en avant les travaux de Tokuko Ushioda. Bon choix, car c'est sans doute l'entretien qui m'a le plus marqué. Elle y raconte son début de carrière confronté à la structure patriarcale, notamment son choix de faire une école d'art plutôt qu'une école pour devenir une femme mariée. À l'époque, la pratique de la photographie était une remise à zéro et un point départ commun. J'ai également été touché par son virage de la photographie de rue vers une photographie du quotidien tournée vers l'intérieur de sa maison (sa famille, leur réfrigérateur) et puis celle des autres (les frigos pris en plan large pour montrer des espaces vivants). La première approche était pour elle trop intrusive. Dédramatiser le bazar et respecter les gens, c'est un programme qui me plaît bien. L'ouvrage retourne également le dispositif sur les photographes elleux-même en donnant à voir leur espace de travail et de recherche.

Mon regard photographique s'apparente plus à une danse contact avec les fragments du monde que je rencontre. J'embrasse ce que je trouve plutôt que d'essayer de faire adhérer mes découvertes à une structure quelconque.

Marianne Mueller, p. 137

Les deux autres travaux qui ont retenu mon attention sont ceux de Marianne Muller et ceux de Bernd et Hilla Becher. Cependant, l'ouvrage suivant les choix curatoriaux du CCA, Phillis Lambert faisant un travail remarquable, il y a des choses à tirer de tous les entretiens et de tous les artistes présentés.

À noter aussi pour les personnes qui sont refroidies (ou échaudées d'ailleurs) par le style d'écriture des architectes, ici leur prose se limite à la présentation des photographes et aux questions posées lors des entretiens. Ils savent laisser de la place et de la parole aux personnes. C'est très appréciable.

À vrai dire, j'avais aussi acquis cet ouvrage, car je cherche des éléments de réflexion pour intégrer la photographie à mon travail d'écriture et d'enquête. Ce livre m'a permis de mettre des mots sur l'intersection entre le moyen et la finalité. Une alternative à la recherche de l'exceptionnel en montrant ces espaces auxquels on a tous accès et auxquels on peut tous se confronter. La photographie non pas comme preuve mais comme trace fantomatique, du pouvoir, du quotidien, d'autres possibles, à suivre.


ouvrages concernés

Les vies de documents

Stefano Graziani, Bas Princen

Les vies de documents présente les artistes et photographes du fond photographique du Centre Canadien d'Architecture (CCA). Les entretiens sont centrés sur le parcours en récit des manifestations des intentions qui mènent à la matérialisation des tirages, ouvrages et expositions. On y comprend le cheminement et les intentions des un·es et des autres.


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