← 11d.im

La reprise

Søren Kierkegaard

Pendant la quinzaine qui suivit, je le vis chez moi, de temps à autre. Il commençait lui-même à se rendre compte du malentendu, et la jeune adorée lui était déjà presque un fardeau. et pourtant, elle était l'aimée, la seule et unique qu'il eût aimée, la seule et unique qu'il voulût jamais aimer. Mais, d'un autre acôté, il ne l'aimait pas, car il se contentait de languir après elle. Pendant tout ce temps, se produisait en son for intérieur un remarquable changement. La verve poétique s'éveillait à une échelle que jamais je n'aurais cru possible. A cet instant, je compris tout et sans peine : la jeune fille n'était pas son aimée ; elle était l'occasion, pour le poétique, de s'éveiller en lui ; elle le rendait poète. C'est pourquoi il ne pouvait aimer qu'elle, sans jamais l'oublier, sans jamais vouloir aimer quelqu'un d'autre ; et pourtant, il ne pouvait que languir après elle, continuellement. Elle était embarquée avec lui, mêlée à tout l'essentiel de son être ; sa mémoire, en lui, serait éternellement neuve. Elle avait été beaucoup pour lui : elle l'avait rendu poète. Mais, par la même, elle avait signé son propre arrête de mort.

p. 73-74


👋Envie de me contacter pour bavarder de cette page, vous pouvez m'envoyer un message direct sur mastodon à l'adresse @tk@social.apreslanu.it. Je vous partagerai mon adresse email à partir de là.

📣Pour être tenu·e au courant des derniers changements le plus simple est d'ajouter le fil feed.xml regroupant tous les contenus dernièrement modifiés.

🕵️Pour signaler une erreur ou autre errance technique, il faudra passer par le système de ticket de codeberg.

📜Pour voir, l'historique des modifications de cette page, cela se passe aussi sur codeberg.